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André Malraux
Si je devais revivre une autre vie, je n’en voudrais pas une autre que la mienne.
Il y a sans doute bien de la présomption ou de l’aveuglement à prétendre évoquer en quelques phrases les expériences et les métamorphoses d’une vie d’autant plus inaccessible qu’elle se confond désormais avec une figure de légende. Le panthéon de la gloire est parfois le meilleur moyen de reléguer dans l’ombre l’entité flottante et paradoxale d’une présence humaine. Sans doute faudrait-il une main nerveuse à l’extrême et infiniment souple pour retracer une ligne de vie si fiévreuse, exposée sans cesse, affrontée et confrontée aux seules questions qui vaillent – celles qui n’ont jamais de réponse…
Demeure cependant une certitude absolue : Malraux est parfaitement chez lui dans la maison de la rue Chaptal qu’il a contribué à sauver ; il me paraît en effet singulièrement juste que le foyer de l’art et de la vie romantique célèbre aujourd’hui un esprit assez inspiré pour avoir vécu l’action comme “ la sœur du rêve ”, assez passionné pour avoir dressé contre la nuit et “ la négligence des constellations ”, l’incantation d’un “ invincible songe ”…
[…]
Malraux n’a jamais ambitionné le statut d’historien ou de psychologue de l’art mais plutôt la stature de prophète ou, comme aurait dit Bergamin, de “ psychopompe ”, conducteur de nos âmes incertaines et précaires. Devenu ministre de la Culture, il fait sienne la sentence du poète Paul-Jean Toulet :
“ les musées ne sont pas un objet de la connaissance, mais un motif d’exaltation
”.
Que pèse l’érudition sans la vision ? Pas grand chose sans doute. L’œil écoute, secondé par une mémoire prodigieuse, une intelligence sur le qui-vive. Et qu’est-ce que l’intelligence sinon précisément la capacité de concevoir des rapports ?
Rien de moins frileux, de moins attendu que cette pensée haletante et incisive, traversée d’intuitions, saisie d’illuminations, acharnée à déceler sous la diversité une “ connivence générale ” et secrète, à déchiffrer dans l’alphabet innombrable des styles “ un langage inconnu mais universel ”. Du bassin méditerranéen à
l’Asie, de l ‘Espagne à l’Océanie, de la tête de Brassempouy à peine émergée du sillon des origines, quarante mille ans avant le Christ, aux “ manducations féroces ” de Picasso, aux “ taches de sang ”
d’André Masson, toutes les formes sont invoquées, soupesées,
[…].
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