Mairie de Paris

Discours du 05 novembre 2000
Inauguration du Jardin Yitzhak Rabin
Parc de Bercy –12ème

FLECHE

 

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames, Messieurs,

 

" J’ai été soldat pendant vingt-sept ans. J’ai combattu aussi longtemps que j’ai cru qu’il était impossible de faire autrement. Mais aujourd’hui, je crois qu’il y a une chance de paix et il nous faut la saisir ". Ce message, Yitzhak RABIN, Premier ministre d’Israël, l’adresse, le 4 novembre 1995, aux 100 000 personnes venues, sur la place des Rois d’Israël de Tel Aviv, soutenir le processus de paix. Quelques minutes plus tard, il s’effondre assassiné par un extrémiste, et je n’évoque pas ces moments qu’a vécus la famille d’Yitzhak RABIN, sans revivre la douleur que nous avons partagée avec elle, et particulièrement avec Madame Léa RABIN, qui n’a malheureusement pas pu se joindre à nous, et sans saluer très chaleureusement ses enfants DALIA et YUVAL, au nom du peuple de Paris. Alors qu’il avait risqué sa vie au cours de toutes les guerres d’Israël, Yitzhak RABIN la perdait, il y a cinq ans, pour s’être voué totalement au rétablissement de la paix au Proche-Orient. Il la perdait après avoir obtenu la reconnaissance mutuelle d’Israël et des Palestiniens et après avoir scellé un accord de paix avec HUSSEIN de Jordanie, à qui Paris a également voulu rendre hommage l’année dernière. Soldat héroïque, il entrait dans l’histoire en martyr de la Paix.

Or, c’est tout à la fois au grand chef militaire, déterminé à défendre son peuple, à l’homme d’Etat, animé par une vision de l’avenir de son pays et du Proche-Orient, et à l’homme de Paix, venu à la paix précisément parce qu’il était animé par cette vision, que les Parisiens, leur Maire et leurs élus ont voulu rendre un hommage exceptionnel.

Un hommage auquel j’ai voulu très étroitement associer la communauté juive de France, à travers tous ses représentants religieux et laïques. A cette communauté, ardemment attachée – avec tous nos concitoyens – à la Paix au Proche-Orient, je veux redire toute mon amitié, alors qu’elle vient de subir des agressions et même des attentats, à Paris, en région parisienne et ailleurs dans notre pays.

Je veux naturellement saluer, avec la même chaleur, avec la même amitié, en évoquant ces événements, les communautés musulmanes et chrétiennes, et leurs responsables, qui se sont élevés contre ces actes et qui ont appelé à la concorde et à la solidarité.

On a pu dire que le conflit du Proche-Orient ne devait pas s’exporter en France. Rêvons ensemble que l’exemple donné par les communautés religieuses de Paris et de notre pays inspire le Proche-Orient.

Seuls, peut-être, ceux qui ont su combattre sans fléchir savent-ils aussi, le moment venu, faire la paix. Ainsi le Général Yitzhak RABIN tendait-il la main à l’ennemi d’hier, comme avant lui le Général de GAULLE.

Nous avons regardé la mort en face et elle a baissé les yeux " disait Moshé DAYAN. Lorsqu’il s’engage à 18 ans dans l’armée clandestine juive pour chasser les Anglais ; lorsqu’en 1948, il défend Jérusalem lors de la première guerre israélo-arabe ; lorsqu’en 1967, le jeune chef d’Etat-major de Tsahal devient le héros de la Guerre des Six-Jours, oui, à chacun de ces moments où se joue l’avenir de son peuple, Yitzhak RABIN a regardé la mort en face et l’a forcée à baisser les yeux.

Mais l’homme de guerre sera aussi celui qui sait dépasser la guerre, parce que vivent en lui tous les espoirs et toutes les promesses que la Fondation d’Israël portait en elle.

Yitzhak RABIN a 11 ans lorsque HITLER s’empare du pouvoir. Il a 18 ans au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Toute sa jeunesse est marquée par le génocide, par un crime qui poursuivait la disparition totale du peuple juif. Toute son existence sera consacrée à la naissance, à la renaissance d’Israël. Le jeune adolescent, qui rêve de " faire fleurir le désert ", participe à la création même de l’Etat hébreu et travaillera à bâtir une Nation forte et unie, une démocratie solidement enracinée, un pays prospère qui perpétue la plus ancienne tradition du monothéisme et qui, tout en même temps, a foi dans la science, dans le progrès et l’ouverture au monde. Un pays qui, après la Shoah, a su rassembler des communautés profondément éprouvées, des communautés venues d’Occident puis d’Orient, dans le creuset de la terre d’Israël, pour leur permettre de se construire un destin commun, un destin partagé. Un pays angoissé par sa sécurité, mais qui, avec Yitzhak RABIN et avec vous, Monsieur le Premier Ministre, cher Shimon PEREZ, a su lever le regard vers une nouvelle frontière, celle de la paix.

Lorsqu’au mois de mai, avec l’Ambassadeur d’Israël, le regretté Eliahu Ben ELISSAR, avec le Grand Rabbin de France, le Grand Rabbin de Paris, avec le Président du C.R.I.F., le Président du Consistoire de Paris, et avec d’autres personnalités, nous avons réfléchi à cet hommage que nous rendons en ce jour, le Proche-Orient n’était pas plongé dans la violence qu’il connaît aujourd’hui. Nous avons voulu maintenir cet hommage, malgré ces violences, et, en vérité, à cause de ces violences. Parce qu’aujourd’hui la voix de Yitzhak RABIN, celle qui va retentir dans quelques minutes, doit être plus entendue que jamais !

Oui, entendons ce qu’il déclarait, aux côtés du Roi HUSSEIN de Jordanie, en octobre 1994 : " il est un temps où il faut être fort et prendre des décisions courageuses, pour traverser les champs de mines, pour surmonter la sécheresse, le désert qui sépare nos peuples ". Oui, plus grande est la méfiance et plus grand doit être le courage, de part et d’autre, pour se reconnaître, se rencontrer et bâtir une paix équitable.

Yitzhak RABIN disait souvent que choisir la paix, c’était choisir la vie contre la mort.

En donnant son nom à ce grand jardin, au sein du Parc de Bercy, Paris associe aujourd’hui le nom d’Yitzhak RABIN au choix le plus profond de cet homme : la vie.

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